Lettre ouverte des autrices et auteurs de bande dessinée à la société MDS, au SLF et aux pouvoirs publics

Le succès de la lecture de bandes dessinées[1] a parfois des effets imprévisibles. Par exemple, celui d’appauvrir leurs autrices et auteurs. Comment cela est-il possible ?

Illustration "LBD2020" par WITKO pour le fanzine "Patachon"
Illustration « LBD2020 » par WITKO pour le fanzine « Patachon »

Couplé à la crise du papier et du carton[2], la demande croissante en bande dessinée[3] en librairie a été cause d’un bond d’activité imprévisible chez les libraires bien sûr, mais aussi chez les distributeurs, entreprises puissantes et méconnues de la chaîne du livre, dont l’activité principale est de stocker et de livrer les ouvrages aux libraires dans de grands camions parcourant nos belles autoroutes.

Chez la majorité des distributeurs, cette crise de croissance s’est déroulée avec quelques soubresauts mais sans difficultés majeures. Mais pas chez MDS[4].

MDS[5] est une société de distribution sise à Dourdan (Essone), mais aussi au Benelux, filiale du groupe Média-Participations, l’un des quatre principaux groupes d’édition de bande dessinée en France. MDS distribue aussi des livres pour de nombreux petits éditeurs indépendants. Au total, ce sont plus de 120 éditeurs[6] de toutes tailles qui sont dépendants de MDS.

Pour faire face à la crise du papier, ainsi qu’à la demande du lectorat, on aurait pu penser que Bruno Delrue[7], président du Conseil d’Administration, venant du monde de l’industrie pharmaceutique, mais président aujourd’hui de MDS comme de Dilicom[8], aurait eu la compétence et l’envie de prioriser la vision à long terme au bénéfice du monde culturel. Au lieu de cela, MDS semble avoir eu pour priorité les gains à très courts termes, embauchant des intérimaires sous-payés[9], leur imposant des conditions très difficiles, au point que celleux-ci ont préféré dans de nombreux cas travailler au dépôt Amazon de Dourdan, malgré la piètre réputation des conditions de travail[10] proposées par la plateforme américaine.

Dans ces conditions, la situation ne pouvait que se dégrader. Les retards de livraison se sont accumulés, au point que le 23 novembre, l’entreprise a informé les libraires, brutalement et par courrier[11], de son incapacité à honorer les commandes de moins de trois exemplaires d’un même livre. Condamnant par la même les petites librairies possédant beaucoup de références d’ouvrages en un seul exemplaire, interdisant les commandes de clients ou les ventes de livres en médiathèques à l’unité.

Le Syndicat de la Librairie française (SLF) a naturellement répliqué[12] que ces conditions étaient scandaleuses. Considérant que les libraires ne pouvaient s’engager sur des livres distribués par MDS au moins jusqu’aux fêtes, le SLF leur envoya même une affichette[13] présentant les logos des éditeurs concernés, et invitant les clients des librairies à se réorienter vers d’autres éditeurs.

S’il y a évidemment un fort risque que certains clients se dirigent plutôt vers une plateforme en ligne déjà citée, gageons que les libraires sauront se tirer de ce mauvais pas, conseillant à leurs clients d’autres ouvrages pour les livres les moins vendus, commandant trois exemplaires des ventes plus conséquentes. Les petits éditeurs distribués par MDS risquent, en revanche, d’en subir les conséquences.

Mais derrière eux, déjà fragiles et n’ayant aucun moyen d’action, otages complets de la situation, les autrices et les auteurs dont la présence en librairie est rarement supérieure à deux ouvrages, vont à coup sûr payer le prix fort de ce pugilat entre Librairie, Édition et Distribution.

Conscients qu’il est probablement vain de se diriger vers les pouvoirs publics, qui préfèrent s’en aller visiter les mers de Chine[14] que résoudre les problèmes pour lesquels ils sont mandatés, nous, représentantes et représentants des Autrices Auteurs en Action[15], décidons tout de même d’interpeller Madame la Ministre de la Culture et tous les acteurs et actrices de la chaîne du livre, afin qu’ils trouvent rapidement une porte de sortie à cette situation scélérate, mettant en danger les plus fragiles des maillons de cette chaîne suite à l’incurie et l’imprévoyance d’un de ses composants les plus florissants.

Nous, autrices et auteurs, exhortons les responsables de cette situation de blocage, à savoir la société MDS et le SLF, à trouver rapidement une sortie de crise la moins impactante possible pour les auteurices qui , faut-il le rappeler, étaient déjà avant 2020 dans une situation de tension maximum. Nous refusons d’être des victimes collatérales et notre détermination n’a pas faibli. Nous ne sommes ni une matière première corvéable, ni une variable d’ajustement. Nous sommes des travailleurs et des travailleuses qui avons l’exigence à minima de vivre dignement de notre labeur.

Sans autrices, sans auteurs, pas de livre, pas d’édition, pas de distribution, pas de diffusion, pas de librairie, pas de lectrice, pas de lecteur.


1 : https://www.gfk.com/fr/insights/BD-ne-connait-pas-la-crise

2 : https://actualitte.com/article/101852/enquetes/crise-du-papier-en-france-pourra-t-on-imprimer-le-prix-goncourt

3 : https://www.actuabd.com/Marche-de-la-BD-en-France-en-2020-une-annee-record

4 : https://actualitte.com/article/103504/enquetes/des-retards-de-livraison-en-librairie-et-la-chaine-du-livre-menace-d-exploser

5 : http://www.mdshub.com/vdoc/easysite/mds/internet/mds/presentation

6 : http://www.mdshub.com/vdoc/easysite/mds/internet/editeurs

7 : https://dirigeants.bfmtv.com/Bruno-DELRUE-1345276/

8 : https://www.livreshebdo.fr/article/bruno-delrue-devient-le-nouveau-president-de-dilicom

9 : https://www.actuabd.com/Distribution-de-la-BD-Le-naufrage-industriel-de-MDS-provoque-la-colere-des

10 : https://actualitte.com/article/19417/distribution/enquete-les-inquietantes-conditions-de-travail-chez-amazon-france

11 : https://www.syndicat-librairie.fr/images/documents/courrier_aux_libraires_du_23nov21.pdf

12 : https://actualitte.com/article/103570/distribution/libraires-frustres-editeurs-desempares-une-sortie-de-crise-mal-barree

13 : https://www.syndicat-librairie.fr/images/documents/message_aux_clients.pdf

14 : https://actualitte.com/article/100356/tribunes/perdue-en-mer-de-chine-roselyne-bachelot-face-a-ses-contradictions

15 : https://autricesauteursenaction.org/

Liens consultés le 28 novembre 2021

Grand Prix du FIBD : l’éviction de Bruno Racine “illégitime” selon le Collectif AAA

Actualitté

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême a dévoilé hier les trois auteurs finalistes du Grand Prix : Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware. Dans le communiqué de l’événement, « un vote protestataire » est évoqué, celui en faveur de Bruno Racine, auteur d’un rapport portant sur la situation des auteurs et autrices. Le Collectif Autrices Auteurs en Action (AAA) demande la publication des résultats chiffrés du vote.

lire l’article sur actualitte.com

Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware finalistes du Grand Prix d’Angoulême 2021 !

À voir à lire

Le festival d’Angoulême vient de dévoiler les trois auteur·rice·s en lice pour le Grand Prix 2021, en dépit de l’annulation de la manifestation.

Si le festival d’Angoulême a été contraint d’annuler sa manifestation de juin en raison de la crise sanitaire, la désignation du Grand Prix 2021 a été maintenue.
Depuis 2013, ce sont les auteurs qui désignent leurs pairs, lors d’un vote en deux parties. Chaque auteur publié en France choisit d’abord trois noms puis il ressort de ce premier vote trois finalistes qui sont ensuite départagés par un deuxième tour.

Signalons que malgré le vote de contestation qui aurait pu porter Bruno Racine (à l’origine du fameux rapport, sur la situation des auteurs-res, qui à peine publié avait été enterré) dans le trio de tête, l’organisation du festival n’a pas jugé opportun de le prendre en considération.

lire l’article sur avoir-alire.com

Les 3 auteur·rice·s présidentiables dévoilés & une polémique soulevée

Bubble

Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware sont en lice pour le Grand Prix du Festival de la BD d’Angoulême après un 1er tour de vote.

Un premier volet libre, où toute la profession (autrices et auteurs professionnels de bande dessinée) a pu voter, du 27 mai au 1er juin pour désigner un trio de tête. Le second tour départagera Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware pour désigner celle ou celui qui sera sacré Grand Prix le 23 juin prochain. 

Dans le même temps, une campagne est menée sur les réseaux sociaux par plusieurs auteurs, rassemblés autour du collectif AAA (Autrices Auteurs en Action), et qui appelaient à voter Bruno Racine en place d’autres auteurs pour manifester l’abandon du rapport rendu par Bruno Racine sur la situation des artistes auteurs.

Lire l’article sur appbubble.co

Grand Prix d’Angoulême : le Collectif Autrices Auteurs en Action vote pour Bruno Racine [PODCAST]

ActuaBD

Qui sera le Grand Prix du Festival d’Angoulême 2021 ? « Bruno Racine ! » propose le collectif Autrices Auteurs en Action. Après un appel au boycott d’une édition finalement annulée, officiellement pour raisons sanitaires, les AAA s’emparent de l’élection du Grand Prix pour se rappeler à la mémoire du gouvernement qui a commandé à Bruno Racine un rapport sur la condition des auteurs en France. Rencontre avec deux membres des AAA.

Lire l’article sur ActuaBD

La première planche de Bruno Racine

Découverte par Yaneck Chareyre

J’ai découvert par hasard une des premières planches de l’auteur de BD Bruno Racine. Une histoire intitulée « Naissance du PNG » … C’est même signé en bas de page, c’est vous dire…
C’est bien la preuve que Bruno Racine est un auteur de BD !

Alors #freebrunoracine